
De la conception pédagogique aux projets IA : plusieurs méthodes pour fixer son TJM quand on est freelance
À la sortie de nos formations en alternance, une partie des Bahutiens ne cherche pas un CDI.
Chez les Digital Learning Managers, 13,3 % choisissent le statut d’indépendant dès la certification (98 réponses, enquête décembre 2025).
Chez les Chefs de projet IA, ils sont 9 sur 25 à s’être installés à leur compte, sur deux promos (enquête de novembre 2025).
Et tous, sans exception, posent la même question dans les semaines qui suivent : à quel prix je me vends ? Quel taux journalier (TJM) je propose à mon premier client ?
Ma réponse, invariablement : ça dépend !
Ça dépend :
– De la durée de la mission.
– Du niveau d’expertise attendu.
– De la valeur que le client accorde au livrable.
– Du caractère stratégique du projet pour son entreprise.
– Et surtout de combien vous voulez gagner à la fin du mois, ce qui reste la variable que la plupart des freelances oublient de calculer avant de sortir un chiffre au téléphone.
Cinq façons de deviser un projet de conception pédagogique ou d’IA
Voici les cinq logiques que j’ai pu observer :
Deviser au temps passé, à condition de connaître / mesurer son temps
Cettte méthode est la plus intuitive mais aussi la plus dangereuse quand on démarre.
Elle suppose deux choses : savoir combien de jours un livrable vous prend réellement, et afficher un prix-jour qui tient face au marché.
Sur le premier point, l’enquête ISTF 2024 donne des repères utiles :
– Transposer une journée de présentiel en parcours multimodal distanciel de 6 heures représente environ 15 heures de travail de conception, hors production des contenus.
– Créer un module e-learning de 20 minutes avec un outil auteur type Storyline demande entre 5 et 8 jours.
– Un micro-learning de moins de 5 minutes, entre 1 et 5 heures.
Attention, ce sont des estimations qui dépendant du niveau d’interactivité que vous proposez dans vos contenus.
Sur le second point, j’ai analysé les profils de type « ingénieur pédagogique » sur Malt le 4 août 2026, en ne gardant que les 41 profils dont le métier principal est bien la conception pédagogique ou e-learning : la médiane s’établit à 500 €/jour, la moitié des profils se situant entre 450 et 600 €. Les extrêmes vont de 280 € pour un profil d’infographiste-intégrateur à 850 € pour un consultant learning senior.
Côté IA, les mêmes relevés lyonnais donnent des chiffres plus hauts et plus dispersés : 450 € pour un profil automatisation et no-code, 600 € et 800 € pour des profils gestion de projet et IA, 900 € pour un profil qui conçoit des agents IA et assure la conduite du changement. La moyenne semble tourner autour de 680 €/jour au niveau national selon TJMètre (chiffre à prendre avec des pincettes).
Deux réserves sur cet exercice. Les tarifs affichés sur Malt sont déclaratifs, pas des prix réellement facturés. Il y a souvent une négociation de prix imposée par le client.
Deviser en fonction des concurrents, au livrable plutôt qu’à la journée
Sur une mission avec un cahier des charges précis, les clients comparent des devis pour le projet (et non des prix/jour).
L’enquête ISTF 2024, menée auprès de plus de 200 professionnels de la formation, donne les tarifs moyens constatés en conception pédagogique :
– module e-learning de 20 minutes, sonorisé et interactif : 7 145 €
– micro-learning de 5 minutes : 2 310 €
– serious game de 45 minutes : 28 310 €
– simulation en réalité virtuelle de 10 minutes : 20 470 €
– ingénierie pédagogique sous-traitée : 1 000 à 1 500 € par jour, pour 1 à 2 jours par journée de formation transposée
– tutorat sur un parcours de 12 heures : 70 € par apprenant
Ces montants servvent à vérifier une chose : votre devis au temps passé et le prix moyen du livrable doivent atterrir dans la même zone. Si votre module de 20 minutes ressort à 3 000 €, vous êtes en dessous du prix de marché.
S’il ressort à 15 000 €, préparez votre argumentaire !
Deviser en fonction du caractère stratégique du projet
Plus un projet touche à la stratégie de l’entreprise, plus le budget suit.
Une refonte de module bureautique se négocie sur une ligne budgétaire formation classique.
Un projet d’IA sponsorisé par le comité de direction, avec un objectif de transformation affiché, se négocie sur une enveloppe de transformation, qui n’a pas le même ordre de grandeur.
En plus de la question « quel est votre budget ? », n’oubliez pas de demander lors de votre rendez-vous de cadrage « qui porte ce projet en interne, et qu’attend-il de vous ? ». La réponse vous donnera des indications clés.
Deviser en fonction du nombre d’apprenants
Sur un dispositif full online, on dit qu’il faut compter environ 100 € par apprenant et par jour de formation. Un parcours de 3 jours déployé auprès de 200 personnes représente donc une valeur perçue autour de 60 000 €, même si votre coût de production est très inférieur.
Cette logique est déjà celle des éditeurs de contenus sur étagère. L’enquête ISTF situe le prix moyen d’un contenu générique de 30 minutes à 34 € par stagiaire, et à 75 € pour un contenu métier spécifique. Néanmoins, le tarif unitaire s’effondre avec le volume : un contrat pour 10 apprenants et un contrat pour 10 000 ne se négocient pas au même prix par tête.
Si votre client déploie largement, votre devis peut suivre ce raisonnement plutôt que celui du temps passé.
Deviser en fonction de la valeur perçue
Un livrable jugé innovant ou techniquement difficile se paie plus cher, indépendamment du temps que vous y passez. Le serious game en est l’illustration la plus nette : 28 310 € pour 45 minutes, quand un e-learning classique de même durée coûterait un tiers de ce montant.
L’IA occupe exactement cette position en ce moment. Un agent qui fait gagner deux heures par semaine à une équipe de vingt personnes se vend aussi sur l’économie réalisée, pas uniquement sur les trois jours de développement qu’il a demandés.
Maintenant, comment définir votre prix-jour ?
Deux méthodes, qui ne s’excluent pas :
En vous alignant sur le marché
Vous reprenez les chiffres ci-dessus, vous vous positionnez selon votre expérience et votre spécialité, vous ajustez.
Rapide et rassurant.
En partant de ce que vous voulez gagner
L’autre méthode remonte du résultat vers le prix. Vous partez de la rémunération nette que vous voulez toucher chaque mois, vous ajoutez vos charges sociales et vos frais professionnels, et vous divisez par le nombre de jours que vous facturerez vraiment.
Sur 365 jours, retirez 115 jours de week-ends et de jours fériés, au moins 25 jours de congés, quelques jours de formation et de veille, les jours de prospection non facturés (comptez 1 jour pour 4 jours travaillés, voire 1 pour 2 la première année), et les jours perdus pour maladie ou mauvaise estimation d’un projet. Il reste rarement plus de 165 jours vendables.
Si le TJM obtenu est largement au-dessus du TJM de marché, c’est risqué !
Je fais faire cet exercice à toutes mes promos. Et souvent les futurs freelances se rendent compte que pour se payer 2.000 ou 2.500€ nets par mois, il faut facturer beaucoup plus que ce qu’ils imaginaient !
Un simulateur pour faire le calcul
Nous avons mis en ligne un simulateur gratuit qui vous aide à faire ce calcul : le-bahut.com/simulateur-tjm.
Vous renseignez la rémunération nette souhaitée, vos dépenses mensuelles et annuelles, vos contraintes de congés et de prospection.
Il calcule le chiffre d’affaires à réaliser et le TJM plancher correspondant, pour quatre statuts : micro-entreprise, EURL, SASU et portage salarial.
Du plancher au prix de vente
Le chiffre que produit le simulateur est un seuil : en dessous, vous ne couvrez plus vos besoins.
Mais il ne vous dit pas à quel prix vendre !
C’est là que les cinq logiques du début reprennent la main. Un TJM plancher à 300 € n’interdit pas de facturer 700 € une mission stratégique déployée auprès de 500 apprenants.
L’inverse est plus douloureux : accepter 350 € quand votre plancher est à 480 €, c’est travailler sans s’assurer d’être payé à la hauteur de son investissement.
Nos formations Digital Learning Manager et Chef de projet IA ne font pas de vous des commerciaux.
Mais entre un freelance qui annonce un prix parce qu’il l’a vu sur une plateforme et un freelance qui sait ce que sa journée doit rapporter pour que son année tienne, c’est souvent ce qui fait que l’un abandonne le freelancing et l’autre continue plus sereinement.
Le simulateur ne s'affiche pas ? Ouvrez-le dans un nouvel onglet.

